Le dernier samedi d’août, la séance mensuelle de notre ciné-débat proposait de (re) découvrir La Vie est à nous, film collectif réalisé sous la direction de Jean Renoir en 1936, à la veille d’élections législatives organisées dans un contexte marqué par la montée du fascisme dans toute l’Europe, la France ne faisant pas figure d’exception.
Dès ses premières minutes, le contraste est posé. À l’école, on enseigne aux enfants toutes les richesses de la France ; une fois dehors, ils retrouvent pourtant chômage, pauvreté et misère. Cette contradiction traverse tout le film : comment un pays si riche sacrifie ceux qui, par leur travail, produisent ces richesses ? Et comment s’y opposer ?
À travers trois histoires, La Vie est à nous met ainsi en scène trois mondes :
Les ouvriers confrontés à l’augmentation des cadences et aux licenciements décidés pour préserver les intérêts des actionnaires mais s’organisant collectivement pour y faire face ;
Une famille paysanne frappée par la saisie de ses biens, sa production de blé sans la moindre valeur marchande dans un contexte de crise de surproduction, mais soutenue par des communistes qui font reculer les profiteurs venus faire affaire sur sa misère, permettant finalement le rachat de ses biens pour une bouchée de pain.
Et un jeune ingénieur sorti d’école et privé d’emploi, maltraité un temps par un patron, courtisé par le fascisme, abandonné à sa faim par la charité mais finalement accueilli, nourri et réchauffé par la solidarité des jeunes communistes.
Un espoir reste donc, l’organisation collective et la lutte. Le malheur de chacun cesse d’être une affaire individuelle lorsqu’il est replacé dans une réalité sociale commune. Ouvriers, paysans et chômeurs se retrouvent ainsi dans une même lutte, résumée par Thorez dans les dernières minutes du film : « l’union […] contre les 200 familles et leurs agents fascistes […] pour le succès du front populaire du travail, de la liberté et de la paix, en avant pour le triomphe de la république française des soviets ».
Quatre-vingt-dix ans plus tard, l’histoire ne se répète pas, elle bégaie.
Après une stabilité toute relative, les crises du capitalisme s’accélèrent et s’accentuent tandis que l’extrême droite progresse partout dans le monde occidental.
Face au déclassement, à la précarité, à la guerre, plus globalement au durcissement du capitalisme et de l’exploitation, où diriger nos colères ? Vers ceux qui se trouvent aux premières lignes de ces durcissements, dans l’espoir de concentrer ces forces destructrices sur eux ? Ou bien en direction des mécanismes économiques et politiques qui produisent ces phénomènes ?
Voilà le sens que nous voulons donner à nos ciné-débats mensuels : faire découvrir ou redécouvrir des œuvres, mais surtout utiliser le cinéma comme point de départ pour comprendre le monde, dans l’espoir de mieux le changer.
C’est dans cette perspective que nous vous invitons au week-end de la paix organisé à la salle Guy-Canon et où seront diffusés et discutés Marwan Barghouti, un espoir pour la Palestine et A l’assaut du ciel : Cuba ou la solidarité anti-impérialiste.
Rendez-vous le vendredi 25 septembre à 19 h 30 pour le premier et le samedi 26 septembre à 15 h pour le second.
Arthur BORDET
Secrétaire de section de Charleville-Mézières
