Le journal L’Union a fait état, les 2 et 3 avril, des difficultés du groupe de formation champardennais Alméa. Ce groupe, d’origine châlonnaise, avait repris en 2016 l’ensemble des CFA des métiers artisanaux (restauration, boucherie, charcuterie, boulangerie, coiffure, …) de Champagne-Ardenne. Il semble que l’origine des difficultés du Groupe Alméa relève de la baisse récente des financements de l’apprentissage qui avaient pourtant été fortement augmentés depuis quelques années.
Au détour de l’annonce de ces difficultés, le Groupe Alméa prévoit le « transfert » à Reims de l’École de la 2ème chance ardennaise (E2C). Pourtant, l’E2C n’a aucun lien direct avec les financements de l’apprentissage. Cette école s’adresse aux jeunes qui ont eu un parcours de vie et scolaire très difficile. Son objectif est de faire accéder ces jeunes à une formation qualifiante et à un emploi. L’E2C champardennaise avait été créée sur le seul site de Châlons-en-Champagne en 2002 par la Région, le CESER et le CFA local. Très rapidement, le constat avait été fait que cette école n’avait rien de régional pour la raison évidente que les jeunes concernés sont très peu mobiles. La région Champagne Ardenne étant passée à gauche en 2004, l’E2C a été réellement régionalisée sous l’impulsion de Michèle LEFLON, alors Vice-Présidente communiste du Conseil régional en matière de formation. C’est ainsi que des sites de l’E2C ont été créés dans les 4 départements champardennais pour permettre à un maximum des jeunes en difficultés de bénéficier de ce dispositif.
Annoncer aujourd’hui le « transfert » de l’E2C 08 à Reims revient en fait à annoncer purement et simplement sa fermeture puisque les jeunes ardennais en difficultés, concernés, étant très peu mobiles, n’iront probablement pas à Reims, ce qui avait été constaté par la Région et le CESER dès 2004.
Fermer l’École de proximité pour une deuxième chance pour ces jeunes ne serait pas seulement un recul. Ce serait une aberration au moment où le nombre de jeunes ni en emploi, ni en formation est en augmentation, et alors que 80 000 jeunes quittent, chaque année, l’école traditionnelle sans qualification, donc avec très peu de chance de pouvoir s’insérer dans l’emploi.
À nouveau, ce sont les départements les plus en difficultés qui pâtiraient d’une telle décision si elle était confirmée, ce qui serait inadmissible.
Patrick TASSIN – Ancien Président du CESER de Champagne-Ardenne et du Grand Est
