ANRU 3 et « relance logement » : des annonces en trompe-l’œil qui confirment un tournant inquiétant

Le premier ministre Sébastien LECORNU a annoncé le lancement d’un troisième programme national de renouvellement urbain pour la période 2030-2040, ainsi qu’un projet de loi dit de « relance logement » .

La confédération nationale du logement (CNL) prend acte de cette annonce. Mais, dans les faits, les orientations annoncées ne constituent pas un simple ajustement : elles actent un basculement lourd de conséquences. L’exécutif assume désormais une rupture nette, organisant la marchandisation accélérée du logement tout en démantelant les politiques sociales et écologiques dans les quartiers populaires . A leur place, il impose une logique sécuritaire qui stigmatise et abandonne les plus fragiles.

Le renforcement du pouvoir des maires dans l’attribution des logements sociaux et la conduite des projets constitue un premier pivot d’alerte majeure. Donner davantage de place aux élus locaux ne peut signifier ouvrir la voie à des pratiques discrétionnaires, à des logiques clientélistes ou à une gestion territorialisée des droits. La possibilité évoquée d’un droit de veto des maires sur les attributions, au nom de « l’ordre public », est particulièrement grave. Elle remet en cause les principes d’égalité et de transparence dans l’accès au logement social.

Une dérive sécuritaire au détriment du social : l’accent mis sur la lutte contre les trafics dans les quartiers populaires confirme une dérive déjà à l’œuvre, celle d’une approche sécuritaire des politiques urbaines.

Le logement ne peut pas devenir un outil de contrôle social !

A cela, s’ajoute une incertitude majeure sur les financements : à ce stade, l’état n’a versé qu’une part très minoritaire des engagements pris dans le cadre du programme actuel. L’annonce d’un « tour de table » d’ici l’automne ne saurait tenir lieu de garantie.

Pour la CNL, une autre politique est non seulement possible, mais indispensable.

Le logement est un droit fondamental qui doit rester une politique régalienne de l’état. Il ne peut être soumis ni aux logiques sécuritaires, ni aux intérêts du marché, ni aux arbitrages locaux.

La CNL appelle le gouvernement à revoir profondément sa copie et à engager enfin une politique à la hauteur des besoins.

Christine CARUZZI