Une histoire dans le siècle

Le 1er numéro de « L’Humanité dimanche » paraît le 3 octobre 1948, date à laquelle les mineurs entament une grande grève face au gouvernement. Une répression brutale commence avec la mobilisation de l’armée et ses tanks dans les corons. Des morts, de nombreux blessés pour des gueules noires qui défendaient un niveau de vie décent.

En 1948, le gouvernement prétextant le manque de papier décide de supprimer l’édition des quotidiens le dimanche. Cela visait plus particulièrement « L’Huma », meilleure vente de la semaine. Pour contourner l’obstacle et surmonter les attaques commerciales et politiques, André Carrel, résistant, vice-président du Comité parisien de la Libération et rédacteur en chef de 1957 à 1981, crée « L’Humanité dimanche ». Grand format, son contenu diffère du quotidien avec des jeux, des fictions littéraires, des rubriques loisirs. Il est vendu dans les kiosques et surtout dans les 13 000 comités de défense de l’Humanité mais aussi en portage musette à l’épaule, en porte à porte et ventes de masse ce qui structurent l’activité militante des années 50.

L’hebdomadaire change de formule, s’adapte aux attentes de son lectorat selon l’époque. Paix au Vietnam, guerre d’Algérie, spécial « Pétrole » en 1973 vendu à plus d’1 million d’exemplaires, programme commun, campagnes présidentielles, projet de Constitution européenne, luttes sociales.

La première génération, ce fut de grands résistants, une 2ème a « trempé » dans les luttes anticoloniales.

Des grands noms ont écrit, dessiné et photographié pour l’« HD », la vie politique, les luttes sociales, le combat pour la paix, la solidarité internationale, les sciences, la vie des idées avec l’intervention de grand chercheurs de tous horizons ont marqué son existence.

En 1997, l’HD devient « Humanité hebdo ».

En Mars 1999, le magazine disparaît puis est relancé en 2006 et renaît en plein mouvement contre le CPE. Il suit les luttes dans le pays mais aussi les combats menés à l’international. Il participe à révéler des scandales comme la fraude fiscale à UBS en 2012 et plus récemment le management toxique du festival de BD d’Angoulême et sa refondation prévue en 2027.

En janvier 2022 l’« HD » devient « L’Humanité magazine ». Féminisme et combats écologiques y tiennent une grande place mais aussi des sujets sociaux et des reportages sur celles et ceux qu’on ne voit pas à la télé.

Malgré l’évolution des usages numériques, la vente militante est installée dans le patrimoine national. Faire circuler la presse communiste durant certaines périodes nécessitait du courage, notamment dans les années 50 au cours des affrontements liés aux guerres coloniales et certains l’ont payé de leur vie pendant l’Occupation. Aujourd’hui encore, des centaines de communistes engagés frappent toujours aux portes ou tiennent des postes de vente. Magazine tant de fois censuré, étranglé, il fait se lever chaque semaine l’espoir grâce à un dévouement sans pareil.

Alors, avec ce numéro 1000, longue vie à l’« Humanité magazine » ! Une presse rebelle et pleine d’humanité.

Corine POSTAL